Feel-Good

Et que ne durent que les moments doux

Parce que dès que les premières pages, j’ai senti que ce roman allait me transformer. J’ai d’abord pensé le refermer, et ne pas le lire avant quelques mois. Ce n’est pas le bon moment, je vais m’identifier. Et puis, finalement, je me suis laissée emporter au fur à mesure des lignes, par ce récit poignant, touchant et surtout vrai pour de trop nombreuses personnes.


Et que ne durent que les moments doux, de Virginie Grimaldi
Le Livre de Poche | Mai 2021
384 pages

L’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place. L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu. L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite.
C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.


Comme d’habitude, Virginie Grimaldi, nous fait rentrer très vite dans l’histoire. Histoire singulièrement émouvante et réaliste. Pleine de sensibilité et d’émotions au travers d’une plume telle qu’on la connait déjà : sensible et juste, douloureuse par moments, et drôles à d’autres. Cette auteure est talentueuse, sensible et tellement humaine. On ressent tellement que ce roman est plus personnel, plus intimiste, et c’est sans doute ce qui m’a bouleversée, au-delà des mots qu’elle manie de manière magique. Même s’il n’est pas autobiographique, on ressent une partie de l’auteure et de son expérience personnelle.

« Une fois passés, les moments doux ne disparaissent pas. Quelque part, au fond de nous, ils durent pour toujours. On les appelle les souvenirs. »

Merci Virginie de mettre à l’honneur toutes ces femmes, toutes ces mamans, tous ces hommes, tous ces papas qui souffrent. Merci de parler de la grossesse telle qu’elle se passe réellement ; pas toujours si belle et idyllique qu’on le pense. Merci de penser aux (futurs) parents dont le combat est difficile au quotidien. Quand l’attente, l’envie d’y croire, les traitements, les piqûres, les chamboulements hormonaux, les semences dans un pot riment avec échec. Quand voir un ventre rond déchire le cœur et soulève de la jalousie et du dégoût envers soi-même. Quand l’attitude du médecin devient différente et que l’on annonce l’impensable. Quand on met au monde un enfant trop tôt ou dans le silence. Quand on sort de la maternité sans son bébé aux bras. Merci pour eux, merci pour nous, merci pour moi.

« « Merci, docteur, j’ai murmuré, la gorge serrée. Votre bienveillance a été précieuse.
Il a haussé les épaules, comme si son attitude était normale. J’ai respecté son humilité, même si nous savions tous deux que la générosité et la délicatesse n’étaient pas forcément fournies avec la blouse blanche. » »

J’ai vécu ces peurs, ces doutes. J’ai souffert de ces non-dits, de ces reproches pesants et douloureux, de cette culpabilité qui ronge. J’ai forcément repensé à ces rencontres, ces soignants, que je pensais de passage, mais qui ont complètement changé ma vie, à jamais. Je trouve vraiment remarquable que l’on mette en avant ces associations, ou encore le personnel hospitalier. Alors je voudrais à mon tour les remercier pour leur travail, leur bienveillance, leur humanité, leur douceur et leur lumière. Et merci à vous Virginie de leur rendre hommage à travers votre roman.

« Pour la plupart des gens, avoir un enfant est naturel. On décide de devenir parents, se passent un mois, deux, quatre, six, on danse devant un trait bleu sur un bâtonnet, on annonce la nouvelle à ses proches, on enchaîne les échographies, on donne naissance à un petit être, trois kilos deux, cinquante centimètres, on se découvre un cœur élastique, on connaît une première nuit blanche, on le mitraille de photos et on rentre à la maison, avec un membre de plus dans la famille. Pourtant, certains ont douloureusement appris qu’avoir un enfant n’était pas une formalité. Ceux qui espèrent pendant des mois. Des années. Ceux qui ont arrêté d’espérer. Celles qui subissent des traitements. Les piqûres. Les prises de sang. Les prélèvements. Ceux qui recueillent leur semence dans une pièce blanche. Ceux qui ont mal en croisant des ventres ronds. Ceux qui voient le regard de l’échographiste changer. Ceux qui reçoivent le ciel sur la tête. Son cœur a cessé de battre. Son cœur ne bat pas normalement. Votre cœur ne battra plus jamais comme avant. Ceux qui doivent prendre une décision. Ceux qui n’ont pas à la prendre. Ceux qui sortiront de la maternité les bras vides. Ceux qui ne verront jamais ses yeux s’ouvrir. Ceux qui donneront naissance au silence. Ceux qui verront les sages-femmes s’affoler. Ceux dont le bébé sera emmené. Ceux qui entendront l’inaudible. Problème. Malformation. Handicap. Attendre. Ceux dont l’existence sera reliée à des machines. Ceux qui auront des photos de tuyaux. Ceux qui pousseront la porte de la réanimation. »

Lisez ce livre, vous ne pouvez en ressortir indemne. C’est un bel hommage à tous les parents et futurs parents. A ce sentiment si fort que l’on ressent pour nos enfants. Cet amour inexplicable, puissant et indescriptible qui nous anime pour toujours.


Note : 4.5 sur 5.

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