Contemporain

La mélancolie du kangourou

Encore touchée par cette histoire de résilience douce et attendrissante, je vous invite fortement à faire connaissance avec Lou, Antoine, et Rose. Je suis persuadée que comme pour moi, ces rencontres vont vous marquer, vous chambouler, vous toucher…


La mélancolie du kangourou, de Laure Manel
Editions Michel Lafon | Mai 2018
346 pages

Alors qu’il s’apprête à vivre le plus beau moment de sa vie avec la naissance de sa fille, Antoine est confronté au plus horrible des drames : la mort de sa femme durant l’accouchement.
Anéanti par la perte de celle qu’il aimait plus que tout, Antoine a du mal à créer du lien avec son bébé jusqu’à ce qu’il embauche Rose, une pétillante jeune femme à l’irrépressible joie de vivre, pour s’occuper du nourrisson.
Parviendra-t-elle à aider Antoine à se révéler comme père et à se reconstruire ?
Il n’est jamais trop tard pour (ré)apprendre à aimer.


Dès les premiers chapitres, nous connaissons la fin mais ce n’est pas bien grave, car on se laisse porter très facilement. Ce livre est un vrai rayon soleil, un bon bol d’air frais. Le deuil, sujet pourtant difficile, est traité avec délicatesse et simplicité. L’histoire est très optimiste et remplie d’amour, elle m’a beaucoup émue. Il est question avant tout, d’une reconstruction et d’une renaissance. Celles d’un homme empli de colère, qui rejette toute forme d’amour, et qui s’attache désespérément au souvenir de son épouse disparue. Le lecteur suit également l’histoire de la construction de la vie de Rose, des choix d’adulte qu’elle prend, de la bonté qui découle de toute sa personne. Ce roman est incontestablement franc, simple et vrai. La souffrance est abordée avec une grande finesse et une profonde sensibilité, avec réalisme et franchise. On sent que le sujet a été bien cherché par Laure Manel pour donner toute la fiabilité psychologique à ses personnages.

« Pourtant ses yeux sont fermés. Il voudrait pouvoir les rouvrir. Jamais plus ils ne le regarderont, jamais plus ils ne riront ou lui diront « Je t’aime ». Jamais plus… Il dépose des baisers mouillés sur les paupières closes. Puis pose sa tête sur sa poitrine, comme il le faisait parfois. Comme pour être sûr… Mais la petite musique du cœur n’est plus. Elle a cessé pour entrer dans un autre. Celui d’une petite fille qu’il ne connaît même pas. Il pleure sur la cruauté des faits. »

J’ai d’ailleurs apprécié tous ces derniers, qu’ils soient principaux ou secondaires. Rose est une jeune fille mature pour son âge, on sent qu’elle a vécu quelque chose de fort dans sa vie, qui l’a marqué pour toujours et qu’elle profite de chaque instant. Elle n’essaie pas de s’imposer dans cette famille, ni de prendre le rôle de la mère de Lou. Elle est d’une patience à toute épreuve, et elle porte sur ses épaules une lourde responsabilité. À seulement 22 ans, elle tient un rôle capital pour ce petit être, orpheline de mère et presque de père, celui de lui apporter tout ce dont elle a besoin. En attendant que son père accepte son existence, aussi douloureuse qu’elle puisse l’être.
Antoine est également très attachant, j’ai souvent eu les larmes aux yeux lorsqu’il parvient à franchir des petites étapes de sa pénible reconstruction. Incapable d’accepter ce bébé qui remplace sa femme, qu’ils auraient dû chérir ensemble. Il avance, il tombe, il s’effondre, mais se relève souvent grâce à Rose. Les autres personnages ne sont pas en reste ; la maman qui fait de son mieux pour soutenir son fils, parfois maladroitement, les beaux-parents un peu perdus, les voisins encourageants, et la mamie attachante…

« J’en suis resté à mes regrets, mais je ne t’ai pas dit l’essentiel, peut-être : le bonheur que j’éprouvais, dans ma vie et avec ma fille, je te le devais en grande partie. Tu m’as rendu meilleur, et permis de commencer à devenir moi-même. »

J’ai passé un excellent moment de lecture, les pages ont défilé très vite. L’écriture est superbe, pleine de douceur avec une justesse dans la description des émotions, et ce qu’il faut de retenue. L’auteure nous montre l’optimisme et la détermination qu’à un être humain à continuer à vivre après la disparition de sa moitié. Il faut beaucoup de force pour se raccrocher à la vie et rencontrer les bonnes personnes qui vont participer à sa résilience. Tout est beau dans ce roman : c’est émouvant et triste (j’ai tellement pleuré) mais en même temps c’est rempli de vie, de bonheur et d’espoir. Je l’ai dévoré : j’avais hâte de le terminer pour en connaître le dénouement mais en même temps, je voulais qu’il ne s’arrête jamais car la lecture était si belle. Je ne saurais trouver tous les mots pour vous conseiller de le lire, mais j’espère que vous le ferez et qu’il vous plaira autant qu’à moi.

« La plupart des pères vous le diront : on naît père à la naissance de l’enfant. »

Note : 4.5 sur 5.

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